Le Millepertuis

Ou l’antidépresseur naturel

PRESENTATION

Nom(s) commun(s) : Millepertuis, herbe de la Saint-Jean.
Nom botanique : Hypericum perforatum, famille des hypéricacées ou clusiacées.
Partie(s) utilisée(s) : Sommités fleuries, principalement les fleurs et les jeunes feuilles entourant les inflorescences.
Habitat et origine : Originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, la plante est aujourd’hui naturalisée un peu partout, y compris en Afrique, en Asie, en Australie et en Amérique du Nord. C’est une plante vivace dont la floraison, d’un beau jaune vif, atteint un sommet aux environs de la Saint-Jean (24 juin), moment idéal pour récolter les sommités fleuries.

INDICATIONS

  • Traiter la dépression clinique légère ou modérée.
  • Traiter la polyneuropathie, la dépression saisonnière (dépression hivernale), le trouble obsessionnel-compulsif, atténuer les symptômes de la ménopause et du syndrome prémenstruel.
  • Traiter les troubles psychosomatiques, les états dépressifs, l’anxiété, l’agitation nerveuse, la dyspepsie (huile de millepertuis) et, en application externe, soigner les contusions, les douleurs musculaires et les brûlures au premier degré.
  • Soulager les névralgies, la sciatique vertébrale commune, la migraine, la fibrosite (rhumatisme musculaire), la névrose.

HISTORIQUE

Bien avant notre ère, les Grecs anciens, fondateurs de la médecine occidentale, connaissaient très bien les propriétés de la plante pour le traitement des plaies et blessures, des infections internes et des troubles névralgiques.

Vers la fin du Moyen Âge, son utilisation pour soigner les troubles d’ordre psychologique a pris le pas sur les autres usages. On considérait alors le millepertuis comme une plante capable de chasser les « mauvais esprits » et ses sommités fleuries servaient à traiter la névralgie, l’anxiété, la névrose et la dépression.

Au XVIIIe siècle et jusqu’au milieu du XXe, les médecins éclectiques américains le prescrivaient dans les cas d’hystérie et de troubles psychosomatiques liés à la dépression.

En Allemagne, la plante est aujourd’hui considérée comme un antidépresseur et est offerte sous ordonnance médicale. Un impressionnant corpus d’essais cliniques comparatifs montre que le millepertuis est au moins aussi efficace que les antidépresseurs de synthèse, y compris ceux de la famille du Prozac®, et qu’il provoque moins d’effets indésirables.

C’est pourquoi les herboristes du monde entier ont reçu comme un choc la nouvelle que la France décidait, en avril 2000, d’interdire l’usage du millepertuis en raison d’interactions possibles avec des médicaments de synthèse, notamment avec la fluoxetine (Prozac®).

RECHERCHES

L’ESCOP et la Commission E reconnaissent l’usage du millepertuis pour le traitement des troubles psychosomatiques, des états dépressifs, de l’anxiété et de l’agitation nerveuse.

Concernant la dépression, en 1996, une synthèse de 27 études cliniques portant sur 2291 sujets menaient les auteurs à conclure à l’efficacité du millepertuis (le plus souvent 900 mg par jour d’extrait standardisé) pour traiter la dépression clinique (c’est-à-dire médicalement diagnostiquée à l’aide d’outils reconnus) légère ou modérée.

En 1998, une synthèse concluait que la plante était plus efficace qu’un placebo pour le traitement à court terme des dépressions légères à modérées, mais que les données manquaient pour établir une efficacité similaire à celle des antidépresseurs classiques.

En 2001, les auteurs d’une méta-analyse confirmaient que la plante était plus efficace qu’un placebo en cas de dépression, mais aussi qu’elle l’était autant que les antidépresseurs de synthèse, tout en provoquant moins d’effets indésirables que ces derniers. Les antidépresseurs auxquels on a comparé le millepertuis au cours de ces essais comprennent aussi bien ceux du type fluoxetine (Prozac®)5 ou sertraline (Zoloft®) que les médicaments de type plus ancien comme l’imipramine 18.

Dans tous les cas, le millepertuis s’est avéré au moins aussi efficace que l’antidépresseur de synthèse pour traiter la dépression clinique légère ou modérée. Cependant, l’imipramine serait plus efficace dans les cas de dépression grave, selon une étude la comparant à une dose quotidienne de 1800 mg (soit le double de la dose habituelle) de millepertuis.

Il arrive à l’occasion qu’une étude clinique ne montre pas de différence significative entre le millepertuiset un placebo. Les experts s’entendent généralement pour affirmer que ce type d’aberration tient à l’importance de l’effet placebo dans le traitement de la dépression. On a en effet constaté des phénomènes semblables au cours d’études cliniques portant sur des antidépresseurs de synthèse reconnus comme très efficaces. Ainsi, dans 35 % des essais cliniques à double insu contre placebo ayant porté sur des antidépresseurs de synthèse, le placebo s’est avéré aussi efficace que le médicament.

Dans le cas du millepertuis, la proportion est plutôt de l’ordre de 10 %, ce qui n’annule pas les données d’un important cursus présentant des résultats positifs et qui vient de s’enrichir (sept.2002) d’une étude française ayant porté sur 321 sujets et concluant à l’efficacité du millepertuis pour traiter la dépression légère à modérée.

Notez également qu’au cours de l’étude récente concluant à l’inefficacité du millepertuis en cas de dépression majeure, la setraline (Zoloft®), un antidépresseur de synthèse, n’a pas fait mieux.

Concernant la dépression saisonnière (dépression hivernale), les résultats d’un essai clinique mené en1994 auprès de 20 sujets permettent de penser que la prise de millepertuis (900 mg par jour d’extrait standardisé) améliore l’état des personnes souffrant de ce type de dépression saisonnière liée au manque de lumière.

Concernant la ménopause, une étude menée durant 12 semaines auprès de 111 femmes souffrant de symptômes liés à la ménopause a montré que le millepertuis (900 mg par jour d’extrait standardisé) avait enrayé ou soulagé de façon significative les symptômes psychologiques et vasomoteurs (bouffées de chaleur, transpiration, palpitations, étourdissements) chez environ 75 % des participantes. Celles-ci ont aussi rapporté une amélioration de leur bien-être sexuel.

Concernant le trouble obsessionnel-compulsif, une toute petite étude publiée en 2000 et menée auprès de 12 sujets atteints de trouble obsessionnel-compulsif depuis au moins un an. Les auteurs ont conclu qu’un traitement au millepertuis (900 mg par jour d’extrait standardisé) soulageait de façon significative les symptômes de ce trouble de la personnalité.

Concernant le Syndrome PMenstruel (SPM), une étude sans groupe placebo publiée en 2000 et menée auprès de 18 femmes souffrant du SPM a donné des résultats encourageants : les 2/3 de participantes ont vu leurs symptômes diminuer d’environ 50 % après avoir pris 300 mg par jour d’extrait standardisé durant 2 cycles menstruels.

Concernant le sida et l’hépatite C, et ce malgré des recherches préliminaires encourageantes publiées au cours des années 1990, les études cliniques les plus récentes jettent un doute sur l’efficacité de l’hypéricine, un des composés du millepertuis, pour traiter ces 2 virus.

Concernant la polyneuropathie, et au cours d’une étude à double insu, menée auprès de 54 sujets souffrant de polyneuropathie (diabétique ou non), le millepertuis n’a pas été plus efficace qu’un placebo.

PRECAUTIONS

Lorsque l’on passe d’un antidépresseur de synthèse au millepertuis, il est recommandé de ménager un certain intervalle de temps entre l’interruption d’un traitement à un antidépresseur de synthèse et le début d’un traitement au millepertuis car le millepertuis interagit de manière potentiellement dangereuse avec les antidépresseurs de synthèse mais aussi parce que l’organisme peut mettre un certain temps à les éliminer. Votre médecin devrait pouvoir vous dire en combien de temps votre organisme aura éliminé le médicament de synthèse.

Lorsque l’on cesse un traitement au millepertuis, il est souvent suggéré de diminuer graduellement les dosages de millepertuis durant une à deux semaines lorsqu’on veut interrompre un traitement afin d’éviter un potentiel syndrome de sevrage.

CONTRE-INDICATIONS

  • On a signalé le cas d’un patient atteint de la maladie d’Alzheimer chez qui le millepertuis aurait provoqué un épisode psychotique. On a relevé 2 autres cas semblables chez des schizophrènes en rémission.
  • Par ailleurs, comme c’est le cas pour les antidépresseurs en général, le millepertuis pourrait provoquer des épisodes hypomaniaques chez les personnes atteintes de désordre bipolaire.
  • Étant donné qu’on manque de données sur l’innocuité du millepertuis chez les femmes enceintes et celles qui allaitent, ainsi que chez les enfants en bas âge, on recommande généralement à ces personnes d’éviter d’en prendre.

EFFETS INDESIRABLES

  • Les effets indésirables liés à la prise de millepertuis sont rares et généralement bénins : légers troubles digestifs, allergies cutanées, fatigue, agitation.
  • On a fait grand cas de l’action photosensibilisante de la plante après que des vaches et des moutons qui broutaient dans des champs de millepertuis eurent développé une sensibilité excessive aux rayons solaires.
  • Aujourd’hui, les experts estiment généralement qu’il faudrait qu’un être humain consomme de très grandes quantités de millepertuis pour provoquer un tel effet.
  • 2 essais cliniques ont confirmé que l’effet photosensibilisant du millepertuis est inexistant aux doses normalement consommées.
  • Si vous avez le teint pâle, votre peau est particulièrement sensible aux rayons solaires, il faut donc vous assurer de ne pas excéder les doses normales de millepertuis et de vous protéger raisonnablement contre le soleil. Il est préférable de ne pas prendre de millepertuis si vous recevez des traitements aux rayons ultraviolets.

INTERACTIONS

  • Avec des plantes ou des suppléments : aucune connue.
  • Avec des médicaments antidépresseurs : qu’ils soient de la famille des inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS), comme le Prozac®, de celle des inhibiteurs de la monoamine-oxydase (IMAO), comme la phénelzine, ou encore de celle des tricycliques, comme l’imipramine, les antidépresseurs de synthèse peuvent avoir des interactions dangereuses avec le millepertuis(augmentation du taux de sérotonine, par exemple).
  • Le millepertuis peut aussi interagir avec le tramadol (antidouleur) et le sumatriptan (antimigraineux) de la même façon qu’avec les antidépresseurs.
  • Le millepertuis diminue l’efficacité des médicaments suivants :
    · inhibiteur de protéase (sida);
    · inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (sida);
    · cyclosporine (inhibiteur immunitaire);
    · digoxine (maladies cardiaques);
    · statine (anticholestérol);
    · warfarine (anticoagulant);
    · agents de chimiothérapie;
    · anovulants;
    · antipsychotiques;
    · théophylline (asthme).

L’OPINION D’UN MEDECIN

« Le but du traitement est la disparition complète de tous les symptômes dépressifs et le retour au niveau de fonctionnement antérieur. Plusieurs personnes (y compris les médecins) se contentent, à tort, d’une disparition de l’humeur triste constante.

Ce n’est pas suffisant. La capacité de ressentir du plaisir, de prendre des décisions et de les assumer, de se projeter dans l’avenir avec espoir doit être revenue et tous les autres symptômes doivent être résolus (sommeil normal, poids normal, attention et concentration normales,…).

Tant du côté des produits de santé naturels que des produits pharmacologiques, on conseille une prise de 6 à 24 mois après la guérison complète afin de prévenir une rechute. Si l’arrêt de traitement est fait trop tôt, le risque de rechute est au-delà de 50 %. De plus, la rechute est parfois plus sévère, plus difficile à traiter et il y a plus de risques que la maladie devienne chronique.

Après la guérison d’une dépression, il faut donc se soucier activement de prévenir une rechute pendant 6 à 24 mois. La dose à utiliser dans la prévention des rechutes est la même que celle utilisée pour la guérison. »

Le sevrage des antidépresseurs : quelles en sont les règles de base dans le but d’arrêter le traitement ou de changer pour un traitement naturel ?

Il n’y a pas de symptômes de sevrage dangereux avec les antidépresseurs, seulement des malaises passagers. Pour diminuer les risques que cela ne survienne, il suffit de diminuer graduellement la dose sur quelques semaines. Il est souhaitable, mais pas toujours indispensable, d’attendre quelques jours (quelques semaines pour le Prozac) avant d’entreprendre un autre traitement pharmacologique ou naturel.

ÉTUDE SCIENTIFIQUE

Article paru dans « Pratiques de santé du 03 septembre 2005« 

C’est prouvé !

Le millepertuis est plus efficace que les antidépresseurs !!!

Les thérapeutes de la médecine naturelle recommandent depuis longtemps le millepertuis comme traitement de la dépression. Peu familiers des subtilités de la phytothérapie, certains laboratoires planchent déjà sur le sujet pour obtenir un millepertuis génétiquement modifié donc brevetable, qui serait beaucoup plus riche en principe actif que la plante originale.

Ces laboratoires courent sans doute à l’échec car dans le cas du millepertuis, le principe actif « hypéricine » n’est vraiment opérant que s’il est potentialisé par les autres principes contenus dans la plante. Cette prescription faisait jusqu’ici ricaner leurs confrères allopathes adeptes des anti-dépresseurs vendus par les laboratoires.
Une étude scientifique vient de prouver la supériorité du millepertuis. Suite à un test en double aveugle mené sur 151 sujets afin de comparer les effets du millepertuis et de la paroxétine (une molécule de synthèse couramment utilisée dans le traitement des dépressions), il est apparu que la moitié des patients traités avec du millepertuis guérissent (contre 35 % de ceux sous paroxétine).

Le millepertuis, en tant que plante médicinale simple, a donc encore de beaux jours devant lui dans le traitement de la dépression (d’autant que, bien qu’interdit, on le trouve en vente partout et qu’il pousse dans de nombreux jardins français). Quant aux effets secondaires du millepertuis, il y en a très peu (des troubles gastro-intestinaux minimes). Rien à voir avec les comportements morbides, les pulsions suicidaires et les effets d’addiction qui accompagnent souvent la prise d’antidépresseurs de synthèse.

ATTENTION TOUTEFOIS : ne prenez pas de millepertuis si vous êtes déjà sous antidépresseurs chimiques, si l’exposition au soleil vous est interdite et si vous avez subi une greffe et êtes sous immunosuppresseurs.
En Allemagne, la prescription de la plante a dépassé en volume celle des produits de synthèse. A noter cependant dans le traitement de la dépression que la plante est interdite aux femmes enceintes, qu’elle est réputée diminuer les effets des contraceptifs. Il est important de bien respecter les posologies.

MILLEPERTUIS ET MÉNOPAUSE

Le millepertuis améliorerait les symptômes psychologiques et le sexe à la ménopause.
Le 9/02/2001, la littérature scientifique mentionne brièvement que le millepertuis peut soulager les symptômes de la ménopause, mais il existe désormais une étude clinique documentant un peu mieux cet effet.

Il s’agit d’une recherche ouverte non contrôlée (les femmes savaient ce qu’elles prenaient) auprès de 106 femmes ménopausées ne prenant pas d’hormonothérapie de remplacement (HTR).
Au bout de l’étude de 12 semaines, 76 % des 106 femmes mentionnèrent une diminution significative ou une disparition de leurs symptômes alors que leurs médecins notèrent une amélioration dans 79 % des cas.
Les participantes prenaient 3 fois par jour un extrait standardisé de millepertuis donnant 300 mcg d’hypéricine (900 mcg/jour au total). Les symptômes mesurés étaient de nature psychologique (irritabilité, difficulté de concentration, tension, anxiété, dépression), physique (maux de tête, palpitations, troubles du sommeil) ou vasomotrice (bouffées de chaleur, sueurs, étourdissement).

Les participantes devaient également répondre à un bref questionnaire sur leur sexualité.

À la fin de l’étude, les symptômes de nature psychologique et physique s’étaient améliorés considérablement pour la majorité des femmes même si on n’a observé aucun changement significatif sur les symptômes vasomoteurs (dont les fameuses bouffées de chaleur).

Par contre 80 % des participantes firent état d’une amélioration notable de leur sexualité, parce qu’elles se sentaient plus désirables, avaient davantage envie de faire l’amour et étaient plus disposées à initier la relation sexuelle.

Pour les chercheurs, « ceci représente un avantage significatif sur les antidépresseurs, particulièrement pour ces patientes ».

 

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